Signes du temps

31 août, 2010

L’effet Matthieu

Classé dans : Global — robertmarty @ 17:10

L’effet Matthieu a été repéré il  y a 50 ans par le sociologue américain Merton. La citation canonique, celle que l’on retrouve partout, est la suivante : » «  À celui qui a, il sera beaucoup donné et il vivra dans l’abondance, mais à celui qui n’a rien, il sera tout pris, même ce qu’il possédait.  » (25:29). Précisons immédiatement que Saint Matthieu met ces paroles dans la bouche d’un homme riche auquel, plus loin, il promet l’enfer. Mon propos est moins de faire la promotion de ce terme que d’en apprécier la valeur-signe. L’actualité de l’ultralibéralisme en crise le remet au devant de la scène … Plongée sémiotique dans l’évangile de notre temps.

L'effet Matthieu dans Global fouquet

Du financement de la recherche au bouclier fiscal …

Merton a utilisé cette référence évangélique pour illustrer comment les chercheurs  et les universités les plus reconnus maintenaient leur domination sur le monde de la recherche en captant au titre d’une excellence temporaire la majorité des crédits des  promotions et des recrutements. Une fois installés ils ont la possibilité de bétonner des positions inexpugnables quelles que soient leurs performances ultérieures. Depuis ce processus a été repéré dans bien d’autres contextes. Notamment dans le fonctionnement de la redistribution sociale et de la fiscalité. Le bouclier fiscal qui a abouti à la remise de chèques faramineux à de richissimes contribuables comme Mme Bettencourt en est une parfaite illustration.

Dans la recherche le spécialiste qui fait de bonnes recherches est de plus en plus sollicité, financé, il s’enrichit de plus en plus en expérience et devient encore meilleur. Plus il en fait, mieux il le fait et plus on le sollicite pour occuper des positions de pouvoir dans les institutions de la recherche. Or la recherche est un marché extraordinaire dans lequel les clients sont aussi des concurrents. Il en résulte que gérer sa clientèle se confond avec contrôler sa concurrence. Il en résulte que le marché de l’innovation scientifique est dominé par un processus circulaire d’« accumulation des avantages » qui maintient les marques d’excellence précisément dans les points d’accumulation. Les « perdants » de ce processus sont souvent, au contraire, des chercheurs marginaux, des débutants dépourvus de positions solides, des groupes périphériques loin des centres de décision. Un biais très préjudiciable quand on sait que les vraies innovations, les découvertes cruciales qui marquent une époque naissent pour la plupart dans des esprits qui prennent le risque de vagabonder hors des sentiers battus et des révérences aux pouvoirs en place.

La redistribution selon Saint Matthieu

Aujourd’hui l’effet Matthieu est au cœur des mécanismes de redistribution sociale. L’accumulation de richesses est devenue un signe d’excellence économique, quelles que soient les conditions de leur accumulation. On justifie ainsi qu’on donne plus à ceux qui ont plus tout en réduisant les avantages sociaux des individus réputés les moins productifs. Ceci au nom d’une nécessité économique entièrement construite sur ces prémisses sémiotiques. La crise récente a révélé un écart considérable entre cette construction et la réalité. D’un côté un capitalisme financier qui capte continûment des parts de plus en plus grandes de  richesse et se voit aidé à centaines de milliards quand il cède aux vertiges de sa propre logique de cupidité. De l’autre la dénonciation des acquis sociaux comme autant d’encombrements sur la route du bien commun et le recul organisé sous l’empire d’une pseudo-rationalité célébrée par les puissants et intériorisée par les faibles soumis à la pression constante de la conformité. L’effet Matthieu contribue puissamment a maintenir cet écart en aveuglant ceux qui en sont les victimes. Il en est même certains qui vont jusqu’à célébrer les « propriétés incitatives de l’effet Matthieu : « si vous n’êtes pas satisfait de votre sort, devenez riches ! »

Conclusion : dehors les « propres à rien » ?

Saint Matthieu poursuit son évangile en mettant dans la bouche du même homme riche cette injonction :

« Et ce propre à rien de serviteur, jetez-le dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents. »

Propres à rien de tous les pays, unissez-vous !

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

Presse et le Temps |
Cupidon - Aide aux rencontres |
VISION HUMAINE |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | actforchange
| collectif d'enseignants de ...
| Actions pour la Palestine à...